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Articles

Derniers articles et chapitres d'ouvrages


  • [hal-00941522] Calvinisme, représentations et cultures politiques aux Etats-Unis
    5 février 2014
    Au XXe siècle, les White Anglo-Saxon Protestants (WASP) réussissent à façonner le monde par des politiques volontaristes qui rompent avec leur isolationnisme antérieur. Leurs conceptions et leur idéal ont largement atteint leurs buts alors que, dans le même temps, ils durent tolérer l'intrusion politique des catholiques sur la scène intérieure. La Guerre froide, mais aussi les nombreuses modifications liturgiques et - par la force des choses - doctrinales introduites par l'Eglise catholique au terme du concile Vatican II, ont tracé le cadre à l'intérieur duquel un début de réconciliation pouvait se produire. En réalité, tout ceci est rendu possible grâce au processus de waspisation opéré par les catholiques, processus encore largement en cours.
  • [hal-00941514] Les Etats-Unis et la paix de San Francisco. Libéralisme, interdépendance stratégique et stabilité hégémonique
    19 novembre 2016
    Le traité de paix japonais, signé le 8 septembre 1951 à San Francisco, éclaire la difficulté de penser un système international. En effet, cet accord aurait été rédigé en des termes fort similaires sans la Guerre froide. Ses principes procèdent directement de la société internationale que les Etats-Unis imaginent en 1919 à la conférence de Paris, et qu'ils auraient appliquée dès 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. San Francisco met déjà en place les règles de l'après-Guerre froide, en vue du moment où l'Amérique pourra enfin façonner les relations internationales selon ses normes. En ce sens, ce traité offre certaines grilles d'interprétation de la politique américaine conduite après 1989. Trois questions ou séries de questions émergent. Premièrement, pourquoi les négociateurs américains réussissent-ils là où Wilson a échoué avec l'Allemagne ? Deuxièmement, dans quelle mesure le traité de San Francisco valide-t-il - au nom d'un héritage wilsonien pleinement vécu - une approche libérale de la société internationale, fondée sur l'Etat de droit, l'indépendance dans l'interdépendance, la libre renonciation à certaines prérogatives souveraines, le libre dialogue des nations entre elles, et une société internationale fondée aussi sur la sécurité collective ? Comme le wilsonisme, de fait, le traité de paix japonais fait converger les trois courants " républicain ", " commercial " et " institutionnel " du libéralisme. Voyons dans l'ordre. Par définition, d'abord, le traité de paix japonais est une paix de démocraties, au sens de la " paix républicaine " de Kant. Ce texte lance le pari d'une entente durable entre les Etats-Unis et l'ex-empire militariste auquel MacArthur imposa le parlementarisme, en 1946. Il s'agit donc d'un processus d'apprentissage. En 1951, la route paraît encore longue vers un pays authentiquement démocratique et les élites japonaises n'apprendront la vraie signification de l'Etat de Droit qu'au contact répété de leurs homologues américains, par le jeu régulier des échanges politiques et économiques. Libéralisme " commercial ", ensuite : les Etats-Unis n'imposent aucune réparation, ni aucune restriction industrielle (comme les démantèlements d'usines), ni même aucune entrave commerciale (comme la clause de la nation la plus favorisée). Tel le " doux commerce " de Montesquieu, la libre diffusion des biens doit entraîner la libre circulation des personnes, puis des idées et favoriser ainsi le progrès moral, source de paix. Enfin, le libéralisme défendu par les négociateurs américains à San Francisco, est un libéralisme institutionnel et régulateur. Non sans contradictions ni tensions, l'Amérique tente de faire juxtaposer plusieurs types de configurations interétatiques, en espérant y combiner stabilité, dynamisme et souplesse. Par sa toute puissance héritée de la victoire, tantôt elle impose brutalement son contrôle politique, tantôt elle se contente de régler les poids de l'horloge. Troisième question problématique, dès lors : quel type d'" hégémon stabilisateur " sont les Etats-Unis, puisqu'ils allient l'idéalisme wilsonien et la Realpolitik la plus classique ? A partir de ces deux matrices contradictoires en apparence, comment les Etats-Unis gèrent-ils les tensions internationales en façonnant un système favorable à leurs intérêts, d'abord et avant tout, mais dont les bénéfices peuvent s'étendre, ensuite, aux autres partenaires ? Car avec la paix de 1951, la puissance américaine installe un système intercontinental de sécurité fondé sur des alliances distinctes : le traité de paix proprement dit, mais aussi le traité de sécurité américano-japonais, signé le même jour et bien plus contraignant, et enfin, le pacte ANZUS entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, dirigé à la fois contre le Japon et le bloc sino-soviétique.
  • [hal-00941517] Etats-Unis : un impérialisme sans empire ? De la destinée manifeste à la puissance globale
    19 novembre 2016
    Une grande puissance commence à décliner à partir du moment où elle ne parvient pas à déterminer la limite d'expansion territoriale au-delà de laquelle elle perdra en substance et en cohérence. L'empereur Auguste sait s'arrêter en 9 après Jésus-Christ, après la défaite de Teutobourg : l'Empire romain ne s'étendra donc jamais au-delà du limes, ce qui le sauvera et assurera non seulement sa survie mais aussi sa vraie prospérité et sa croissance interne, jusqu'au troisième siècle. Ce n'est pas que les Etats-Unis aient fixé d'eux-mêmes une limite géographique, et en particulier territoriale, à leur expansion. En fait, ils ne se sont pas vraiment posés la question, car ils ont posé la question autrement : ils passent directement d'une conception territoriale de la puissance (conception d'ancien régime : plus on dispose de territoires, plus on possède de champs pour l'agriculture et plus on jouit de richesses en sous-sol) à une conception radicalement nouvelle de la société internationale, au XXe s. : les nouveaux de champs de force internationaux deviennent économiques, intellectuels, moraux et spirituels. Par conséquent, les Etats-Unis s'intéressent de très près au monde entier. On peut même dire que leur intérêt pour le monde conditionne la réussite du projet interne américain, en particulier l'économie. Si l'Amérique ne s'intéresse pas aux développements planétaires de très près, elle décline. C'est l'exact contraire des grandes puissances. Pourquoi ? Parce que leur méthode d'approche des relations internationales inverse la stratégie mondialiste employée par les grands empires européens. D'où trois axes problématiques : Premier axe : en finir avec le concept d'isolationnisme. L'isolationnisme n'a été qu'une manière parmi d'autres de faire une politique étrangère très active. La période de néo-isolationnisme virulent de l'entre-deux-guerres montre bien que l'isolationnisme est un nationalisme. Deuxième idée : plus que jamais, lorsqu'on considère le cas américain, on ne peut pas séparer le projet national de la politique étrangère. Le projet international prolonge le projet interne. Troisième principe : La force de la méthode américaine consiste à conjuguer Realpolitik et idéalisme. Le réalisme et l'idéalisme forment les deux faces de la même politique. Les Etats-Unis sont à la fois profondément altruistes et très brutaux, et l'alliance systématique des deux apparaît relativement novateur. Par exemple, le plan Marshall constitue autant un programme philanthropique et altruiste sincère qu'un programme de relance interne de l'économie américaine.
  • [hal-00941516] Gestation et gestion de la société internationale. Les Etats-Unis et la paix de San Francisco : libéralisme et Realpolitik
    19 novembre 2016
    Le traité de paix japonais de 1951 s'analyse selon deux perspectives. Ou bien, on considère qu'il s'agit d'un Diktat américain historiquement daté, forgé en pleine Guerre froide face au péril sino-soviétique. Ou bien, on part du principe que les accords signés à San Francisco renvoient au grand projet wilsonien lancé à la conférence de la paix... de 1919, et dont nous vivrions les premiers résultats tangibles en ce début de XXIe siècle. Le dépouillement des archives et l'analyse resserrée des négociations étayent cette thèse. Pour les décideurs américains, l'après-1945 aurait dû lancer une société internationale fondée sur les principes d'" indépendance dans l'interdépendance ", de sécurité collective et de libéralisme institutionnel, selon une conception appliquant aux relations internationales certains principes du parlementarisme. Dans l'esprit des élites américaines, la Guerre froide retarde simplement cette issue inéluctable. A défaut de l'Europe, l'Amérique expérimente ses principes en 1951, au Japon, où elle est la seule puissance occupante. Ainsi, le règlement de San Francisco révèle les ressorts de la philosophie politique américaine, de 1917 à aujourd'hui compris : l'alliance de l'idéalisme des Lumières avec une politique des réalités intransigeante. En effet, le traité de paix est complété par un traité de sécurité et de défense drastique, dont les avatars régulent en large partie, aujourd'hui encore, les paramètres de la sécurité en Extrême-Orient.
  • [hal-00941524] The doctrine of massive retaliation and the impossible nuclear defense of the Atlantic Alliance : From directive MC 48 to MC 70 (1953-1959)
    4 février 2014
    A partir du lancement du Spoutnik soviétique en 1957, les Européens doutent de la sincérité du président américain chaque fois qu'il parle de représailles massives. Ils sont pourtant eux-mêmes incohérents. D'un côté, les partenaires atlantiques n'aiment pas avoir des armes atomiques américaines sur leur sol et veulent conserver la possibilité d'un combat purement conventionnel, dont les divisions américaines en RFA seraient le fer de lance. D'un autre côté, les alliés européens exigent que les Etats-Unis proclament périodiquement les vertus de la dissuasion nucléaire. Le glaive atomique est le meilleur moyen, selon eux, d'éviter un conflit avec l'URSS, parce qu'il arrime le destin américain à celui de l'Europe. En réalité, les partenaires atlantiques espèrent secrètement que les représailles massives détruiraient les villes soviétiques et américaines en laissant l'Europe hors de cause. En bonne logique, ils suspectent les autorités américaines de chercher le contraire : confiner les destructions à l'Europe occidentale et s'entendre tacitement avec les Soviétiques pour s'épargner des destructions mutuelles. Deux directives atlantiques ponctuent ce débat : MC 48 et MC 70. En 1954, MC 48 pose le dogme d'une riposte atomique automatique contre toute agression soviétique. En 1958, la grande nouveauté de MC 70 consiste à équiper les forces européennes en armes nucléaires, sous double clé. Ce que les Occidentaux gagneraient en puissance de feu, ils risqueraient de le perdre en soutien américain, les unités américaines maniant les bombes tactiques étant de moins en moins nombreuses sur le vieux continent. Si la tendance se confirmait, la défense atomique de l'Europe reposerait de plus en plus sur les Européens, sous les ordres absolus du SACEUR, un général... américain.
  • [hal-00937918] Les élites protestantes américaines et la sortie de l'isolationnisme : le Federal Council of the Churches of Christ in America et sa quête d'une 'paix juste et durable' (1939-1946)
    19 novembre 2016
    Entre 1917 et 1941, les Etats-Unis quittent leur chrysalide de simple nation occidentale et industrielle, pour devenir une très grande puissance de classe mondiale. La douloureuse sortie de l'isolationnisme ne s'accompagne pas seulement d'un aggiornamento politique, mais aussi d'une succession de transformations morales où le protestantisme - religion de la majorité des Américains - joue un rôle éminent. Dans l'entre-deux-guerres, alors que les dirigeants politiques et économiques sentent confusément que le strict intérêt national leur permet de moins en moins de manifester une indifférence aux affaires planétaires, les principaux responsables religieux américains entendent de plus en plus servir de ferment à l'unité des chrétiens et à la paix mondiale. Lors de son assemblée générale de décembre 1940, le Conseil fédéral des Eglises du Christ en Amérique - réunion de trente dénominations et 60 000 communautés locales - et son président, le Dr Luther A. Weigle, nomment une commission chargée d'étudier les bases d'une "paix juste et durable", avec pour mission d'"élever l'esprit de discernement de nos Eglises à propos des futurs fondements moraux, politiques, et économiques d'une paix stable". Le Comité reçoit mission d'adopter une "visée mondiale et œcuménique", autrement dit de dépasser le strict intérêt national américain. Le Comité pour une paix juste et durable réussit à tracer le cadre conceptuel et profondément novateur de la géopolitique américaine d'après-guerre : les Eglises protestantes ont repris à leur compte le principe wilsonien de "l'indépendance dans l'interdépendance" dont dérive étroitement le concept d'une unité européenne fondée sur la supranationalité. De même, sans jamais douter de la victoire sur l'Allemagne et le Japon, elles ont combattu la vision d'un monde dominé par l'impérialisme anglo-saxon et récusé une exploitation égoïste et nationaliste de la victoire. En outre, le Comité pour une paix juste et durable a lourdement insisté pour inclure l'Allemagne dans l'œuvre de rénovation occidentale, en prenant le contre-pied exact du traité de Versailles mais aussi, à l'époque, du plan Morgenthau. Enfin, dès 1940, les Eglises américaines ont appelé de leurs vœux la création de la future ONU et du GATT. Elles ont compris que la sécurité économique importait autant que la sécurité militaire. Les élites protestantes ont exhorté l'opinion américaine à ne pas s'effrayer des grandes organisations de l'après-guerre et à abandonner, une fois pour toute, l'isolationnisme au profit du multilatéralisme. Elles sont l'une des sources des actuels régimes internationaux.
  • [hal-00937931] Les stratégies américaines de négociation, durant la présidence Eisenhower et le Conseil de l'Atlantique Nord : autorité politique occidentale ou forum consultatif ?
    29 janvier 2014
    Au départ, l'Alliance atlantique n'a pas été imaginée comme une alliance militaire stricto sensu, mais avant tout comme un forum occidental de négociation politique permanente. Nous nous intéressons ici à ses dix premières années. A côté de la tâche essentielle du réarmement de l'Europe occidentale face à l'Union soviétique, cette décennie a évolué au rythme des "consultations politiques", dont le Conseil de l'Atlantique nord offre le théâtre. En fait, on appelle "consultations politiques", dans les années cinquante, surtout le droit de se mêler des affaires des autres... et de laisser ces derniers s'occuper des vôtres. Bien entendu, les principales puissances atlantiques fluctuent considérablement à ce sujet, selon le rapport entre les avantages et les inconvénients. Du point de vue de l'administration Eisenhower, trois questions se posent. A-t-elle vraiment tenté d'instaurer une organisation politique de l'Occident à travers le Conseil atlantique ? A-t-elle conçu le Conseil de l'Atlantique nord comme l'organe de régulation des tensions internes occidentales, en la transformant en une sorte d' "ONU occidentale dans l'ONU" ? Devons-nous y voir le prototype du "Grand Dessein" de Kennedy ? En nous concentrant sur le Conseil atlantique, l'objectif de notre réflexion consiste à examiner l'interaction entre la forme des négociations et le fond des questions diplomatiques traitées. Nous examinons d'abord, les origines américaines du Conseil, dans la perspective d'une politique internationale néo-wilsonienne fondée sur l'interdépendance et la coopération internationale ; ensuite, nous prenons l'exemple de l'émergence progressive d'une doctrine nucléaire alliée entre 1953 et 1958, avec ses avancées et ses échecs, pour analyser la méthode de travail des représentants américains à l'OTAN ; enfin, nous constatons l'ajournement de la transformation de l'OTAN en un forum permanent de négociation, lorsque les Etats-Unis constatent que le fardeau pèse trop à leur détriment (rejet du rapport des "trois sages") et qu'on leur demande, finalement, de rendre des comptes sur leur politique mondiale. Le Conseil atlantique ne doit pas servir de levier géopolitique à des puissances moyennes et déclinantes, telle la France.
  • [hal-00937928] Les Etats-Unis et la définition de l'intérêt national américain par l'administration Eisenhower
    19 novembre 2016
    L'administration Eisenhower (1953-1961) a clairement affiché son désir de reconstruire l'après-guerre sur des bases plus morales et moins cyniques que la diplomatie classique. On le doit évidemment à Eisenhower dont l'attachement à la paix était aussi viscéral que ses compétences militaires, exceptionnelles. On le doit aussi à son secrétaire d'Etat, John Foster Dulles, qui espère appliquer, une fois au pouvoir, les fruits d'une réflexion inaugurée trente ans plus tôt, lors de la conférence de la paix de Paris, en 1919. Il y négocia les réparations allemandes, et défendit à sa façon l'intérêt national américain en plaidant pour un retour rapide de l'Allemagne vaincue à la solvabilité financière. Depuis 1918, Foster Dulles plaide pour des relations internationales fondées sur la responsabilité mutuelle des nations entre elles. C'est ce qu'il appelle, à la suite de Wilson, "l'indépendance dans l'interdépendance" : les Etats doivent cogérer les décisions souveraines ayant des conséquences graves pour les autres (par exemple la politique monétaire ou commerciale). En ce qui concerne les années cinquante, nous tentons de répondre à deux questions, du point de vue américain : 1°) Comment favoriser l'émergence d'alliés puissants pour asseoir sa propre puissance mondiale ? 2°) Pourquoi imbriquer sa procédure de décision dans des engagements multilatéraux, si on veut, dans le même temps, rendre l'Amérique libre de ses choix ? Autant de positions contradictoires que doit résoudre la présidence Eisenhower dans les années cinquante. Pour simplifier, la réflexion stratégique américaine se subdivise en deux mouvements : Premier temps (1953-1954) : nous assistons à la volonté américaine de multiplier les relais à travers le monde, c'est-à-dire, en Asie, en Afrique et spécialement en Europe, en accordant une large confiance aux alliés européens, en particulier à la France et à la Grande-Bretagne. Second temps (1954-1960) : devant le refus de la France de construire l'Europe fédérale, avec le rejet de la CED - d'abord ; devant le refus global des pays européens de financer leur défense et d'assumer leur "juste part" de la Guerre froide - ensuite ; et - enfin - face au développement de la menace nucléaire mortelle que font peser les missiles soviétiques sur la survie des uns et des autres, les Etats-Unis d'Eisenhower reviennent à une définition beaucoup plus classique et plus restrictive de l'"intérêt national".
  • [hal-00937907] Le même et l'autre : regards américains sur l'EuropeLe même et l'autre : regards américains sur l'Europe
    19 novembre 2016
    Au XX° s., si "l'homme de la rue" se concentre sur l'emploi et le pouvoir d'achat, les élites américaines, et en particulier les White Anglo-Saxon Protestants, portent un regard aigu sur le vieux continent. Les WASP se définissent comme les porte-étendards du messianisme américain - projet culturel et civilisateur radicalement novateur. L'Amérique des pères fondateurs, celle de Washington, Franklin ou Jefferson, s'est principalement érigée en contre-modèle des absolutismes et des aristocraties héréditaires. En 1900, les Etats-Unis sont alors un grand pays occidental, capable d'une politique mondiale, mais sans en posséder la motivation. Certes, le président Theodore Roosevelt a esquissé un premier pas, en offrant sa médiation au Japon et à la Russie (1905), et en faisant participer son pays aux conférences d'Algésiras (1906) et de La Haye (1907). Plongée dans les vieilles querelles européennes, l'Amérique saura-t-elle garder les mains pures ? En 1917, elle doit choisir : ou bien, dans le sillage de Th. Roosevelt mener une politique classique fondée sur l'équilibre des forces ; ou bien, revenir au testament isolationniste de George Washington (1797). Le président Woodrow Wilson (1913-1921) imagine une voie moyenne qui abandonnerait le "splendide isolement" tout en puisant aux sources idéalistes de la République américaine. Le regard des élites américaines devient alors, pas à pas, synonyme d'action, c'est-à-dire de salut et de rédemption du continent originel. Quels puissants ressorts ont fini par inciter l'Amérique à concevoir un rôle diplomatique et militaire à la hauteur de sa puissance économique ? Comment, au fil du siècle, l'Europe est-elle perçue à la fois comme une menace, une alliée, un fardeau, une rivale ? Pourquoi au fond, l'isolationnisme et "l'internationalisme" restent-ils les deux versants inséparables de la vision européenne des Etats-Unis ? Cette vision se déploie en trois phases : d'abord, une longue hésitation à honorer toutes les conséquences morales et géopolitiques de la Première Guerre mondiale ; ensuite, après 1945, la promotion massive de l'intégration européenne, au prix de maladresses indéniables ; enfin, après les années 1950, dans le contexte de la Guerre froide, le désir de ne pas dicter trop explicitement aux Européens le contenu de leur unité, dès lors qu'ils respectent le primat de la cohésion atlantique, sous direction américaine.
  • [hal-00937905] Reconstruire l'Europe : Plan Marshall et politique de 'Containment
    28 janvier 2014
    Ce chapitre a pour objectif d'évaluer la contribution des Etats-Unis au relèvement économique mais aussi moral et politique, de l'Europe. Il montre qu'entre 1947 et 1952, le Containment, la reconstruction et l'intégration européenne sont les trois versants distincts d'un seul et même dessein. Les élites américaines méditent en profondeur les leçons de la paix de Versailles, y compris, à l'époque, le retour des Etats-Unis à l'isolationnisme et le refus de la SDN. Sur le plan intérieur, les démocrates au pouvoir associent cette fois étroitement les républicains à leur politique extérieure. Seule cette politique bipartisane garantit la sortie irrévocable de l'isolationnisme, même si celui-ci tente encore de nombreux esprits jusqu'à la fin des années cinquante. Et sur le plan extérieur, les Etats-Unis veulent reconstruire un nouvel ordre européen qui - après les sanctions indispensables - doit inclure l'Allemagne dans l'Occident, sur un pied d'égalité. Aussi, l'histoire de l'aide américaine à l'Europe est-elle d'abord celle de la gestion délicate des rapports franco-allemands.


Université de Lyon